Alors que la pénombre commençait à remplir les rues, nous prîmes la décision d’aller visiter un dernier lieu avant de rentrer à Hsinchu. En quelques stations de métro, nous fûmes ainsi devant la célèbre Tour 101, aussi appelée Taipei 101, à cause de ses 101 étages. La tour fut construite de 1999 à 2004, quand elle devint la plus haute (509 m) tour du monde jusqu’en 2010. Elle fut alors dépassée de plus de trois cents mètres par la Burj Khalifa. Elle reste néanmoins l’une des plus belles tours du monde, n’en déplaise à son homologue brochette métallique de Dubaï, avec sa forme mêlant harmonieusement architecture moderne et classique orientale, droite et élancée telle un jet d’eau jaillissant, et sa très belle couleur turquoise.
Je voulais y monter, mais Insya me fit remarquer qu’il avait trop de brume et qu’il valait mieux revenir un autre jour pour profiter pleinement du paysage. Le haut de la tour était en effet perdu dans une masse humide, comme si un nuage itinérant s’y était accroché et n’arrivait pas à se dégager. Il faisait en outre déjà nuit et nous n’aurions pas pu profiter de la vue de jour.
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Nous nous sommes finalement promenés sur une place où nous eûmes une bonne vue sur la Taipei 101 et son éclairage inspiré, qui se pare d’une couleur différente chaque jour de la semaine. Nous regardâmes aussi avec un mélange d’admiration et de perplexité les beaux éclairages des façades des hôtels qui donnaient l’impression qu’une pluie d’étoiles tombait du ciel. Au milieu de la place était bâtie une jolie fontaine éclairée par des projecteurs aux couleurs changeantes. A son côté avait été construit une énorme lanterne en forme de chat.
Un beau bâtiment se dressait devant cette place, le Sun Yat Sen Memorial Hall, un centre culturel ouvert au public. En montant sur son parvis pour nous prendre en photo devant la tour, nous fîmes la rencontre d’un homme d’affaire étasunien qui venait à Taïwan pour la neuvième fois. Il nous dît que depuis tout ce temps, il n’était jamais monté dans la Taipei 101. La première fois qu’il était venu, elle n’était d’ailleurs même pas encore construite. Il s’était enfin décidé à y aller aujourd’hui mais avait renoncé en voyant le monde qui faisait la queue à l’entrée. Peut-être demain. Il reconnut que j’étais Européen d’après mon parler mais sans pouvoir être plus précis. Je lui dis que j’étais Français. Il me raconta qu’il était allé à Lyon, depuis l’Allemagne (ayant de nombreux liens familiaux avec l’Allemagne), pour voir un neveu, mais jamais à Paris. Je lui conseillai de visiter Paris un jour. Il félicita Insya pour son parfait accent britannique, et ajouta que leur accent à eux, les New-Yorkais, n’est pas très « pur ». Quand je lui dis que j’étais déjà allé à New-York, il me raconta une expérience qu’il avait eue avec une Européenne en visite à New-York : il s’était levé dans le métro pour lui céder sa place. Elle refusa mais lui insista, disant qu’elle pourra garder un bon souvenir de New-York et de la courtoisie des New-Yorkais. Quelqu’un en profita pour prendre la place.
Cette journée riche en épisodes se termina devant un bon dîner à la gare centrale qui, je l’ai déjà dit, abonde en restaurants. Il y a là de grandes salles munies de tables et de bancs, comme dans une cantine, et le long du mur s’alignent de nombreux petits comptoirs de restauration rapide. L’on choisit son comptoir en fonction du menu qu’ils offrent, qui est affiché sur de grands panneaux ou consultable directement sur papier, et l’on commande son plateau. L’on reçoit un ticket avec un numéro et l’on doit revenir une fois que ce numéro s’affiche sur leur panneau d’affichage électronique. Cela ne prend généralement pas plus de dix minutes. Ce soir-là, j’eus le plaisir de déguster - avec des baguettes - de la viande en sauce et du riz recouverte d’une omelette au ketchup. Je me souviens que cette dernière combinaison était particulièrement bonne. Le repas était accompagné (c’est toujours le cas) par un bol de soupe aux algues (pas mauvais) et d’un verre de thé chaud (le thé c’est bon au début mais ça devient vite lassant, ce qui ne semble pas être l’avis des Taïwanais qui en boivent à tous les repas).