Medina est un terme issu d'un mot arabe signifiant ville. Ici, elle désigne la vieille ville, le cœur historique de Tunis. Elle est tout le contraire des quartiers que je venais de traverser. D'une surface assez restreinte, la médina est un dédale de rues étroites et tortueuses. Il y a tellement de porches qu'on a parfois l'impression d'être dans un tunnel. Cette exiguïté lui confère une obscurité inquiétante, surtout quand on la découvre en solitaire. Le décor est néanmoins pittoresque et intrigant. Les ruelles de la médina sont très achalandées, car il s'agit du poumon commercial de la ville. On y trouve des souks en tous genres : vêtements, chaussures, ustensiles de cuisine, artisanat décoratif, parfums, fruits et légumes...
Tout en marchant, j’essaie de suivre ma position sur le plan, mais les rues sont trop nombreuses et petites, et je me "perds" rapidement. J'écris
perds entre guillemets car, comme je l'ai déjà mentionné, la médina n'est pas grande, donc on ne peut pas vraiment s'y égarer. Pour en sortir, si l’on ne connait pas le chemin, il suffit de marcher tout droit pendant une ou deux minutes pour retrouver les grandes rues rectilignes des quartiers environnants, qui forment des points de repère nettement plus pratiques.
Je m’inquiète d’autant moins de ma désorientation que l'endroit que je cherche à atteindre, le centre de la médina, est bien indiqué. C'est là que se dresse la grande mosquée de Tunis, Zitouna (« olivier ») ! Elle fut érigée au VIIe siècle. Sa cour est entourée de plus d’une centaine de colonnes issues du site antique de Carthage qui soutiennent une série d’arches en pierre dont l’alternance des couleurs créée des motifs élégants. Deux courtes tours d’angle rappellent que l’endroit eut un jour un caractère militaire. [1]
La mosquée se dresse à côté d'une petite place, qui parait presque grande quand on sort des ruelles exiguës de la médina. Un étalage de légumes adossé à un mur déborde dans l’espace. Quelques personnes sont assises sur un grand escalier de pavés qui mène à la porte principale de la mosquée. Je gravis les marches et essaie d'ouvrir la porte, mais celle-ci est verrouillée. Un homme me dit alors que je ne peux pas entrer par là, mais que je peux emprunter un second escalier sur le côté de la mosquée qui mène à l'étage. Cet étage est une sorte de couloir ouvert sur l'extérieur : le mur est percé de grandes fenêtres sans vitre qui forment une succession d'arches. J'y trouve là un homme assis à une toute petite table. Il m'explique que les touristes n'ont pas le droit d'entrer dans la mosquée, mais peuvent pour quatre dinars aller sur le balcon qui donne sur la cour intérieure et qui offre une perspective sur le minaret.
Le point est en effet bien choisi. Je suis sur le balcon, situé je pense au-dessus de la salle des prières, un peu en hauteur vis à vis de la cour. Je peux observer les détails des façades, du minaret et même de la coupole de l’une des tours d’angle qui me surplombent. Je défoule mon index sur mon appareil photo et prends de nombreux clichés. Malgré le panorama, je trouve dommage d’être limité à un seul angle de vue. J’aurai préféré visiter le reste de la mosquée et avoir accès à la cour. Dehors, dans la médina, les rues sont trop étroites pour avoir suffisamment de recul sur le monument.
De retour sur la place, je m'arrête chez un marchand de parfums et négocie l'achat d'une essence de jasmin. Je trouve amusant de repartir avec étant donné que je suis au pays du jasmin. Après l'achat, le vendeur, dans sa grande générosité, insiste lourdement pour me conduire dans un endroit de la médina d'où j'aurai un point de vue imprenable pour mes photos. Laissant son échoppe à un jeune associé, il joint le geste à la parole et m'invite prestement à le suivre. Je lui emboite le pas d’un air méfiant. Il me conduit à travers le dédale de rues sombres et bondées jusqu'à un magasin d'objets artisanaux. Il m'amène via un escalier étroit sur le toit de la maison, qui forme une terrasse à moitié en ruine. Il y a effectivement une vue sur la médina, et on voit le minaret de Zitouna qui dépasse, mais ça reste un panorama trop peu esthétique à mon goût pour autant. Il m'invite à prendre des photos, mais non, vraiment, ça ne me tente pas. Plus tard, je verrai des cartes postales figurant ce panorama. [2] Pendant tout ce temps, il ne cesse de parler d'un air jovial, me racontant l'histoire de cette maison, des grands qui y ont vécu, des conditions économiques difficiles en Tunisie, et comment les Français sont ici chez eux... Ce n'est pas un grand mystère de savoir pourquoi il m'a amené ici. Ce n'est pas qu'il aime jouer les guides touristiques, c'est qu'il voulait m'amener chez son pote le commerçant. Ça doit être un tour courant ici, de s'échanger ses clients. Et ça marche, je repars avec un joli petit tambour tunisien qui trônera fièrement sur mon étagère

. Il y avait beaucoup de beaux objets dans ce magasin, mais ça m'avait déplu qu'il n'y ait aucun prix affiché. Et toujours, il faut négocier... Mais je commence à avoir l’habitude.
A suivre…
[1]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mosquée_Zitouna
[2]
Photo du panorama